Qu’est-ce que la méthanisation ?

 

Voisin du compostage mieux connu, la bio-méthanisation, ou digestion anaérobie, est la transformation de la matière organique en biogaz (60 – 65 % de méthane, 35 – 40 % de dioxyde de carbone) par une activité microbienne qui fonctionne en absence d’oxygène.   Elle aboutit à un résidu biologiquement stable, désodorisé, le digestat.

 

C’est un processus naturel ( gaz des marais, feux follets, dans les intestins animaux… ), qui peut  être mené industriellement dans des digesteurs hermétiques (réacteurs) où les réactions de fermentation sont optimisées. Le biogaz peut être alors valorisé en chaleur, en production d’électricité (ou les deux en cogénération), en carburants pour véhicules, ou injecté dans le réseau public de gaz ; quant au digestat, solide, un traitement classique en aérobie produit, suivant le degré de tri de la collecte, un compost utilisable en agriculture (collecte de fermentescibles) ou utilisé pour la revégétalisation (déchets ménagers). La partie liquide peut être en partie recyclée dans le processus, le reste est classiquement traité en station d’épuration.

 

Il y a encore peu de temps, le processus n’était utilisé que pour les déchets organiques sélectionnés, aujourd’hui il est applicable aux déchets ménagers ordinaires. Les déchets ultimes, récupérés en amont et en aval, sont alors mis en Centre d’Enfouissement Technique.

 

Techniquement, l’opération se passe en trois semaines environ, dans des digesteurs cylindriques généralement en béton précontraint, où la matière circule durant le cycle par des procédés variés, ou simplement par gravité, à une température de 35° ou 55° suivant les procédés.

 

 Une alternative économique et écologique à l’incinération

 

Contrairement à un incinérateur qui crée dioxines, furanes et mâchefers chargés en métaux lourds, une usine de méthanisation ne pollue pas ; elle ne dégage pas d’odeurs gênantes (l’usine de Freiburg en Allemagne est en ville) ; et elle fournit gaz et compost !

 

Economiquement, en investissement, c’est évidemment moins cher, de l’ordre de la moitié environ, ; en fonctionnement pour une usine de 20 000 t., le coût est de 70 – 80 euros / tonne, de 40 euros environ / t.  pour une usine de 100 000 t. (32 euros à Varennes Jarcy). En terme d’emplois aussi la balance est bien sûr favorable.

 

Quant au risque, il est très faible : aucune explosion de digesteur n’est à déplorer en Europe, car la partie basse est remplie de liquide ; hermétique, sans air, un digesteur ne présente pas plus de danger qu’une cuve de fuel domestique. Les opérations de curage des digesteurs (tous les 10 – 20 ans) et de stockage de gaz (quand il y en a un) demandent une méthodologie rigoureuse, habituelle en industrie.

 

Ainsi le recyclage écologique de 50 % des déchets municipaux (préconisation de la circulaire d’avril 1998 de D. Voynet) ne sera atteint qu’en recyclant les déchets organiques ménagers, pas seulement les déchets verts. Par la méthanisation, le traitement des déchets n’est donc plus une étape finale dans le processus de vie des produits, mais une étape intermédiaire dans un cycle de valorisation environnementale, énergétique et économique

 

Une filière industrielle et une technologie de traitement des déchets municipaux en plein essor

 

Ni utopique, ni expérimentale, ni hasardeuse, la méthanisation est aujourd’hui un procédé fiable et reconnu pour le traitement des déchets fermentescibles, agricoles, d’élevage… et, plus récemment, des déchets ménagers et assimilés. Les usines les plus récentes traitent les deux en parallèle par exemple Mons en Belgique et Varennes Jarcy en France  (100 000 tonnes dont 30 de fermentescibles). C’est ce qu’ont compris de nombreux élus : sans être exhaustifs, citons quelques villes qui ont renoncé au tout incinérateur en créant des usines de méthanisation de déchets ménagers et assimilés :

 

Amiens, 85 000 t.

Bassano, Italie, 60 000 t.

Brecht, Belgique, 50 000 t.

Barcelone, 3 usines, 120 000 t., 200 000 t.

Cadix , 115 000 t.

Hanovre,100 000 t.

La Corogne, 182 000 t.

Mons, Belgique, 58 000 t.

Varennes Jarcy, France, 100 000 t.

 

En France, deux usines fonctionnent : Amiens depuis 1988 et Varennes Jarcy qui a ouvert ce printemps. Et déjà les collectivités de Lille, Metz, Montpellier, Valence ont choisi cette option.

 

La filière industrielle est riche de nombreuses technologies industrielles, par exemple : Valorga (France, Montpellier), 46 % du marché européen ; Dranco (Belgique) ; Rom-OPUR, Wabag (Suisse) ; MAT –AG (Suisse) ; Schwarting (Allemagne) ; IKOS (France). De plus, en France, une association de techniciens et de juristes, le Club Biogaz (à Arcueil) aide administration, collectivités soucieuses de développement équilibré et industriels qui ne veulent pas céder aux sirènes des lobby pro-incinérateur.

 

Il est vrai que les premiers essais en France ont subi des déboires techniques et économiques qui ont laissé des traces qui peuvent entraîner de la méfiance, qu’il est temps de rectifier. La société Valorga, pionnière mondiale, a installé une usine de 50 000 t. à Amiens en 1988, sa mise en marche cafouille, les ennuis financiers s’ensuivent… La société est reprise par Gaz de France, Spie-Batignolles et une PME. La société est revendue en 1996 à l’allemand Steinmüller qui intègre en 99 le mastodonte allemand Babcoq qui, comme d’autres groupes européens ou américains, dépose son bilan, victime en juillet 2002 d’une politique financière hasardeuse. Au point de vue technique, c’est au contraire une réussite : l’usine d’Amiens fonctionne et passe à 85 000 t. en 1996, elle sert de référence à la société Valorga pour remporter de gros marchés européens en Espagne, en Allemagne, en Suisse, en Belgique et en France, plus d’une douzaine de grosses usines à moyenne de 100 000 t.. Aujourd’hui Valorga (capital 400 000 euros), rachetée par l’espagnol Techmed et l’allemand Hesse, est remise sur les rails.

 

 Conclusion

 

A la décharge des concepteurs du plan départemental, il faut dire que la méthanisation dans les années 90 n’était guère utilisée que pour de petites unités (10 – 20 000 tonnes) qui traitent les seuls déchets organiques (boues, déchets agricoles et d’élevage, fermentescibles…), mais depuis 98, on voit fleurir de grosses unités (100 000 tonnes en moyenne) qui traitent les déchets gris, c’est à dire la poubelle ordinaire, avec bien sûr une politique efficace et générale de tri.

 

Une telle politique évitant l’incinération aurait été très volontariste il y a moins de 10 ans ; aujourd’hui, grâce à l’avancée technologique en matière de méthanisation, que certains veulent ignorer, le Valtom peut répondre facilement aux réticences des habitants et de leurs élus à l’installation d’un incinérateur.

 

La méthanisation n’est en rien une expérimentation hasardeuse, comme certains autres procédés, ou comme la funeste usine de Chateldon ; c’est une alternative moins coûteuse et moins polluante à l’incinération qui peut tout à fait répondre aux inquiétudes de la population de l’agglomération clermontoise  et du Puy-de-Dôme.

 

C’est pourquoi les Verts Puy-de-Dôme demandent :

 

¨                                    A la population de s’opposer à l’installation d’un incinérateur de 170 000 t. , qu’il soit chez elle ou chez le voisin (par la méthanisation, il y a des solutions alternatives fiables et reconnues) : où qu’il soit, un incinérateur ne va pas inciter à réduire les déchets, ni à les trier, et créera dioxines et furannes que nous retrouverons par la chaîne alimentaire, où que nous habitions.

 

¨                                    Aux élus consultés, de refuser le plan Valordom en l’état, même s’il envisage un tri partiel, du compostage et une usine de méthanisation de 20 000 t pour quelques fermentescibles.

 

¨                                    A Monsieur le Préfet, de ne pas signer de Déclaration d’Utilité Publique, de demander au Valtom de réétudier les possibilités qu’offrent un tri général sur le département et les nouvelles techniques de méthanisation de déchets municipaux, afin de présenter une deuxième copie Valordom 2 qui évite l’incinération et respecte le principe d’un développement réellement durable.