Lettre ouverte au Préfet, septembre 2007
Par Groupe Vert le lundi 3 septembre 2007, 16:41 - Dossier incinérateur - Lien permanent
" (...) Pourquoi les Auvergnats seraient-ils d'obscurs passéistes ignorants, accrochés à un plan départemental de 1995, à l'évidence contesté par un grand nombre de citoyens et dépassé par les possibilités des process industriels actuels ? (...) "
Les Verts Puy-de-Dôme
Lettre ouverte à Monsieur le Préfet du Puy-de-Dôme.
18 boulevard Desaix
63033 Clermont-Ferrand cedex 1
Monsieur le Préfet,
Dans le cadre du Grenelle de l'environnement et de votre reflexion quant à l'autorisation du projet d'incinérateur Vernéa, nous vous rappelons notre opposition à ce projet de traitement des ordures ménagères. Sans reprendre les arguments purement financiers et sanitaires que vous ont développé d'autres structures et nous mêmes, nous tenons à vous faire part de nos préoccupations plus largement écologiques et économiques en la matière.
En termes de recyclage des matières, c'est une véritable aberration écologique que de décider de brûler la partie fermentescible des ordures ménagères, qui est surtout de l'eau, ce qui est par ailleurs à l'origine d'une grande part de la production des dioxines, du fait d'une combustion ralentie. Alors qu'elle peut être l'objet d'une très considérable valorisation énergétique et agronomique, avec un traitement biologique par méthanisation.
En effet, une tonne de déchets biodégradables produit 60 à 80 m3 de méthane qui peut être utilisé pour des réseaux de chaleur, une production d'électricité verte ou comme carburant. Nous avons calculé qu'une part de 40 % de déchets fermentescibles des 170 000 t. de déchets ménagers du Valtom produiraient, sans cogénération, 3 milliards de kw/h,. Ce qui est un rendement énergétique supérieur à l'incinération. De plus l'excellent compost résultant de cette digestion (400 à 600 kg par tonne) peut très avantageusement remplacer les engrais chimiques dont vous savez bien, à la lecture de l'étude de la DIREN, qu'ils sont en train de menacer sérieusement la qualité des nappes du val d'Allier.
Bien souvent de telles usines ont deux lignes, une de fermentescibles triés, et une de déchets gris. Cette dernière peut en tirer du biogaz, exploiter et éliminer ce qui est biodégradable, ne laissant alors que des résidus réellement ultimes, propres, stockables dans des CET plus acceptables par les riverains parce que sans lixiviats ni odeurs.
A nos yeux Verts, dans notre département encore très rural, un traitement généralisé des déchets ménagers par méthanisation pourrait être couplé avec d'autres filières : les déchets agricoles, moûts de vendange, déchets d'abattoirs, etc.., les boues de stations d'épuration aussi peuvent devenir dès lors des sources d'énergie importantes.
C'est ainsi que nos propositions alternatives au projet actuel consistent à développer le tri, le recyclage, à collecter séparément la partie fermentescible et à traiter par bassins de vie à définir (réduction des transports) avec méthaniseur, plate-forme de compostage et CET propres.
Au cours d'un entretien avec votre prédécesseur, le représentant de la Direction Régionale de l'Industrie, de la Recherche et de l'Environnement a soutenu qu'il s'agissait là de process dangereux et expérimentaux. Or il n'en est rien : une dizaine d'industriels européens (Valorga, Veolia, Linde, Bioteknische Abfall, Kompogas, Ros Roca...) méthanisent actuellement environ 5 millions de tonnes de déchets en Europe de l'Ouest, sans aucun incident. Les trois écoparcs de Barcelone, par exemple, traitent ainsi 800 000 t. de déchets ménagers. Les Suédois exploitent un train qui fonctionne à un tel méthane avec les performances habituelles...
Il est vrai que la France, championne de l'incinération et de ses conséquences néfastes, est un étrange trou noir dans une carte d'Europe constellée par les emplacements des usines de traitement par méthanisation. Seules quelques usines fonctionnent (très bien) à Amiens et à Varennes-Jarcy. Mais de saines préoccupations écologiques et financières (les coûts d'investissement et de fonctionnement sont bien inférieurs) ont poussé récemment les élus de Montpellier, de Fos sur mer, de Besançon, de Lille, de Calais, de Saint-Lo, du Sytom de l'agglomération parisienne... à adopter ce type de traitement. Ceux de Lille prévoient de fournir ainsi le carburant d'une centaine de bus de l'agglomération ; ceux de Calais l'ont choisi parce que, sans nuisances, il a l'avantage de pouvoir être mis en œuvre dans un environnement urbain très dense.
Pourquoi les Auvergnats seraient-ils d'obscurs passéistes ignorants, accrochés à un plan départemental de 1995, à l'évidence contesté par un grand nombre de citoyens et dépassé par les possibilités des process industriels actuels ?
Aussi nous vous demandons, Monsieur le Préfet,
- de bien vouloir lancer des études sérieuses sur les possibilités offertes par le traitement biologique par méthanisation des déchets ménagers du Puy-de-Dôme,
- de renoncer à autoriser l'incinérateur prévu à Beaulieu, totalement antinomique avec une politique de tri, de recyclage et de valorisation des matières, surdimensionné, cher et menaçant en termes de santé publique,
- et de demander au conseil général de réviser le plan départemental dans le sens d'un traitement plus écologique de nos déchets.
Tout à votre disposition pour un débat plus approfondi, nous vous prions d’agréer, Monsieur le Préfet, l’assurance de nos salutations les plus respectueuses.
Clermont-Ferrand, le 20 septembre 2007
Pour Les Verts Puy-de-Dôme, la secrétaire départementale,Eliane Brousse
et Yves Reverseau, commission déchets.