"Il faut anticiper ce changement de société indispensable, avant que la fracture écologique ne détruise notre modèle démocratique"
Par Groupe Vert le samedi 20 mars 2010, 14:09 - Les élus - Lien permanent
Interviewée par le magazine L'Agenda, Odile Vignal fait part de son analyse sur la politique locale pour le développement durable, et l'intérêt de la développer au profit de tous.
Clermont joue collectif ! Au cœur des défis mondiaux, l’équipe municipale apporte sa contribution, au coté d’autres communes, à de grandes causes qui dépassent ses limites géographiques : lutte contre les changements climatiques, préservation de la qualité de l’eau, solidarité internationale. Bref, penser globalement et agir localement. Mais Clermont joue aussi dans son terroir, avec ses atouts spécifiques comme l’ensoleillement, les ressources naturelles telles que l’eau (des Cheires ou de l’Allier), les forêts, le maraîchage, la biodiversité… L’agenda 21 local de la ville décline un projet politique de long terme pour construire une ville sans zonage, autosuffisante en énergie, qui génère de l’activité locale, non délocalisable.
Nous agissons ici, depuis plusieurs décennies pour réduire notre empreinte écologique, tout en assumant nos engagements socioéconomiques : bien vivre, se loger, se déplacer et travailler à Clermont en se préoccupant des impacts de nos décisions sur le patrimoine commun : l’air , l’eau, la santé…
Nous avons misé sur l’excellence écologique : moins de déchets et pas d’incinérateur, moins de déplacements individuels polluants et plus de services publics de mobilité, moins de discrimination sociale dans les quartiers et plus de mélanges de générations, d’activités, de niveaux de vie, des productions de chaleur ou d’électricité décentralisées, des entreprises locales soutenues par nos partenariats ou notre commande publique….bref, une ville durable socialement responsable ! Clermont-Ferrand est reconnue en France pour son engagement dans l’insertion sociale, les critères d’achats écoresponsables, sa politique énergétique, notamment solaire, et bien sûr, son tramway. Et en même temps, et ce n’est pas un hasard, elle est reconnue pour sa qualité de vie.
L'environnement naturel immédiat, et exceptionnel, pousse-t-il la ville à en faire plus ?
Oui et non ! Le cadre naturel proche, visible, apporte ses contraintes et ses atouts : la géographie et le climat contraignent la qualité de l’air dans la « cuvette » clermontoise, et nos réponses en termes de politique de déplacement doivent être ambitieuses : il faut réduire le besoin en véhicule individuel, nous avons le devoir de surveiller la qualité de l’air, de proposer des services non polluants aux Clermontois.
Mais les atouts du cadre naturel, très présents, signent notre identité : une ville verte… au pied des puys. Cette ambition est renforcée par le cadre naturel et nous sommes conscients que cette image est un atout pour la notoriété de notre ville, à l’heure où tout le monde, que ce soit les actifs ou les retraités recherchent la meilleure qualité de vie possible, c’est-à-dire, un cadre attractif mais aussi des services publics efficaces et accessibles !
Quel budget la ville consacre-t-elle au développement durable ou à l'écologie ?
Le budget est transversal, autrement dit : plusieurs budgets comportent des opérations imputables à la politique de développement durable : action sociale, déplacements, politique énergétique, lutte contre le bruit, achats ecoresponsables, urbanisme innovant, vie associative, etc. Notre priorité actuelle est l’évaluation des politiques menées, d’abord avec l’agenda 21 [1] . Le bilan en cours nous permettra d’ajuster les choix budgétaires. Nous recourrons aussi à des expertises indépendantes : la Ville de Clermont a ainsi été notée « A » par un cabinet spécialisé sur les politiques de développement durable fin 2008. Et en 2010, nous lançons notre Bilan carbone ©, pour évaluer l’empreinte écologique de notre collectivité en termes d’émissions de GES et ajuster nos comportements.
La plupart des grandes villes ont opté pour un système, au coût très élevé pour leurs finances, de vélos "libre-service" privatisé. Qu'en sera-t-il à Clermont ?
Nous avons déjà une offre de location de vélos, électriques ou non, mais pas en libre-service : il est gratuit pour les abonnés aux transports en commun.
Un service de vélo libre-service s’avère en effet le plus souvent très coûteux pour la collectivité : à Clermont-Ferrand, pourquoi ne pas encourager l’achat des vélos par les entreprises ou les particuliers, avec les autres collectivités, au moyen d’un chèque « modes doux » ? Il faut travailler dans ce sens et investir l’argent public dans l’amélioration de la sécurité et des conditions de circulation douce et soutenir les initiatives privées, locales, d’autopartage ou de prêt de vélos…
La ville de Clermont paraît peu accessible aux vélos. Comment la rendre plus accueillante ?
Recourir systématiquement à une étude de déplacements alternatifs à l’occasion de chaque nouveau projet urbain, prévoir systématiquement les itinéraires de déplacements piétons et cyclables lors des réhabilitations, rappeler à tous les constructeurs, la nécessité de prévoir des locaux à vélo…
Mais on ne gommera pas le relief ! À coté de la réalisation progressive du schéma cyclable de la ville, la diversité des offres est une autre voie à développer : on ne peut pas tous circuler à vélo même si l’assistance électrique est une réponse. Il faut aussi encourager l’autopartage, la location de service plutôt que la propriété de véhicules coûteux, et nous avons une priorité qui est d’améliorer la sécurité des déplacements en ville. Ainsi, nous privilégions les aménagements de zone trente, de zone de rencontre où tous les usagers se respectent, la réduction des vitesses et la diminution du stationnement de surface.
Quels sont les grands projets municipaux à venir en matière d'environnement ?
Nos grands projets sont parfois l’addition de petits projets mais durables. On peut citer :
- aménagement du secteur de l’ancien Hôtel-Dieu, dès que l’hôpital Estaing sera en service
- prototype de ville durable avec l’étude du quartier Saint-Jean qui sera un laboratoire de la ville écologique (projet de long terme)
- le Plan Climat Energie qui vise une réduction de nos consommations d’énergie et de nos émissions de GES de 20% d’ici 2012 et le recours aux énergies renouvelables pour au moins 10% de notre consommation
- sans oublier la volonté de réduire de 50% de l’utilisation de pesticides…
Que se passera-t-il à Clermont pendant la semaine consacrée au développement durable ?
Cette année, nous proposons aux Clermontois de réfléchir et de découvrir à la nature dans la ville : notre thème sera « Clermont, sentinelle de l’environnement », avec une invitation à la découverte du rôle primordial de l’abeille dans le maintien et la protection de la biodiversité, y compris pour les citadins !
Nous installons six ruches sur nos bâtiments, entretenues par l’UNAF (syndicat des apiculteurs) avec laquelle nous signons une convention pour participer à sa campagne nationale « abeille sentinelle de l’environnement ». Sur la place de la Victoire, les visiteurs découvrirons une ruche visitable avec les explications d‘apiculteurs bénévoles, des chalets-ateliers sur la biodiversité et des expositions/vidéos dans la Maison du tourisme.
Le programme est très riche, car de nombreuses associations et services municipaux apportent leur expertise et vous feront découvrir leurs réalisations, autour des jardins partagés, d’un repas solidaire ou des courts-métrages sélectionnés pour l’occasion. Vous pourrez le trouver sur le site internet de la ville, dans notre magazine municipal et à la Maison du tourisme.
Développement industriel et respect environnemental sont-ils, au fond, conciliables ?
Il y a, bien sûr, des choix à faire : en démocratie, le citoyen peut choisir dans quelle société il veut vivre. Aujourd’hui, ce choix inclut le maintien de ses conditions d’existence sur Terre : c’est un peu plus contraignant. Mais nous avons toutes les données pour faire les bons choix et les moyens techniques de transformer nos industries en activités sobres en carbone et productrices de biens propres.
Il est urgent de transformer notre société de consommation sans limite en une société sobre et responsable qui préserve les ressources épuisables et les partage équitablement. Sinon, ce sont toujours les plus défavorisés qui payent les pots cassés.
On évoque rarement la dimension sociale en matière d'environnement et d'écologie. Peut-on manger bio lorsqu'on est pauvre ?
Justement, la société actuelle est profondément inégalitaire: les populations les plus modestes sont celles qui ont justement intérêt à ce que la société protège les ressources naturelles. Plus ces Biens communs que sont l’eau, l’air, l’énergie, les semences (donc la biodiversité) … deviennent rares ou dégradés, plus ils coûtent chers à l’achat ou en entretien. Et plus ils font l’objet de privatisation et de marchandisation, moins les personnes modestes y ont accès ! Une société bâtie sur le pétrole s’enfonce dans les inégalités croissantes.
Quant aux produits bio, aujourd’hui ils sont l’illustration de mes propos : parce que notre modèle économique n’inclut pas le coût réel du transport et des dégâts occasionnés par les pesticides sur l’eau ou la terre, il est moins cher de manger des produits qui font 1 000 km avant d’arriver dans votre assiette plutôt que de manger les produits locaux (bio ou pas). Le choix des industriels agroalimentaires est basé sur une logique de profit à court terme, qui est profondément inégalitaire à la fois pour les consommateurs qui n’ont pas vraiment le choix et pour les producteurs, qui sont incités à produire à très bas coût et engagés dans la spirale destructrice du « toujours moins cher » ! On voit bien que ce n’est plus possible, la crise du lait en est le triste exemple.
Il faut anticiper ce changement de société indispensable, avant que la fracture écologique ne détruise notre modèle démocratique.
[1] L’Agenda 21 est le document qui oriente la politique de la ville en matière de développement durable. Adopté dans sa version initiale en 2001, il a été actualisé en 2006. Il est reconnu par le ministère de l’Ecologie.